Convertion d'une Honda Civic en voiture 100% électrique
Il m’a prit environ un été complet à faire cette conversion. J’y ai tellement passé d’heure que j’en retire maintenant une certaine fierté. J’ai pris plusieurs photos au début mais je n’ai pas continué lors des prochaines versions. Je ne considère pas ce projet comme l’invention du siècle mais puisque vous êtes curieux, j’ai décidé d’en parler sur mon site. Ce texte n’est pas un guide si vous voulez vous lancer sérieusement dans ce genre d’aventure car il y a de bien meilleurs sites pour ça. Si j’ai écrit ces quelques lignes, c’est simplement pour vous parler de cette expérience qui a été TRÈS enrichissante pour moi et qui m’a permit de voir l’importance d’avoir de bons amis.
(cliquez sur les images pour plus de détails)
C’est en 2002 que cette aventure a commencée. Autour d’un soupé bien arrosé chez des amis, on s’est mis a parler de toutes sorte de sujet, y compris le prix de l’essence. Mon ami me confiait que faire quotidiennement l’aller-retour entre Granby et Magog avec son vieux pick-up lui coûtait une petite fortune. C’est alors que j’ai lancé l’idée en l’air de lui faire une voiture électrique. Habituellement, ce genre d’idée ne fait que passer mais celle-ci a perdurée. Et même que plus j’y songeait, plus elle devenait un projet réalisable. Quelque recherches sur le net me permit de voir que d’autre personnes ont eu la même idée et qu’ils ont réussi sans avoir nécessairement une technologie de pointe. C’Est alors que je me suis lancé tête baissé dans ce projet!
De tout l’hiver 2002 à 2003, puisque je n’avait pas de garage, j’ai consacré une pièce entière de mon 4½ pour mes 10 batteries, mon moteur et tout le reste. Mon employeur de l’époque m’a gracieusement donné 10 vielles batteries 12V de UPS. Ils étaient à la fin de leurs vies mais pour des tests c’était parfait. Pour mon moteur, j’ai trouvé parfaitement par hasard, l’adresse courriel d’un américain qui avait justement fait une conversion mais que la transmission de sa voiture avait brisées. Je lui ai donc acheté pour 500$ US son moteur ainsi qu’une pompe à vacuum 12 V pour le système de frein. (Et oui, plus de moteur a gaz, plus de vacuum). C’est un moteur 120Vdc de type «Série» modèle L91-4003 de la compagnie Advance DC motors. C’était un moteur de 6,7pouces de diamètre mais qui peut développer jusqu'à 72Hp.
De gauche à droite: mon interrupteur d’urgence (noir), mon 1er contrôleur, chargeur et cadrans
Pour tout le reste (contrôleur, cadrant, chargeur, etc), je voulais relever le défi de les fabriquer moi-même. Un contrôleur est ce qui «contrôle» le courant envoyé au moteur, un peu comme un carburateur contrôle la quantité d’air et d’essence. Un contrôleur fait pour un tel moteur doit supporter un courant d’au moins de 400Amps ou plus et les modèles de la marque Curtis par exemple peuvent valoir jusqu’à 2000$. J’ai pris ce que j’avais sous la main pour faire mon premier prototype de contrôleur. Je l’ai donc fait à partir de 6 transistors IGBT de 100Amps branchés en parallèles (Ne faites pas ça à la maison!). Je ne l’ai su que plus tard (trop tard) que l’on ne doit jamais mettre ce type de transistor de cette façon. Mais tant que mon moteur ne forçait pas, tout se passait bien. Je n’avais donc rien soupçonné pour l’instant. Pour mes cadrans, j’ai pris ce que j’avais de disponible sous la main. Ce n’était pas très élégant mais pour un projet que je n’était pas sûr de terminer, c’était parfait! Comme accélérateur, je me suis fié à ma voiture personnelle qui est une Jetta TDI 2001. Ce model de voiture, comme bien d’autre modèle j’en suis sûr, possède un accélérateur électronique à même la pédale. J’en ai donc acheté une dans une cour à scrap pour 75$ et je l’ai adapté à mon contrôleur.

Cadrans illuminés pour le soir et mon accélérateur de Jetta. Jolie n’es-ce pas?
Mais je suis particulièrement fière de mon chargeur à batteries. Après plusieurs essaies et erreurs, ce petit chargeur était contrôlé par une puce programmable et respectait toutes les étapes de charge des batteries. Il avait un petit afficheur et il chargeait les 10 batteries avec un courant de 10 Amps. Il était à peine de la grosseur d’un livre de cuisine ce qui allait me permettre de l’installer sur la voiture et de me brancher sur n’importe quel prise de courant. La charge total des batteries durait environ 8 heures, mais le temps n’était limité que par le courant de ma prise électrique.
Ma Honda Civic avant la transformation
Printemps 2003, le vrai fun commence!!!
Avec le printemps, il vient le beau temps, les filles en mini jupes, la plage et les bistro-terrasses. Mais pour moi, ce printemps là je l’ai passé enfermé dans un vieux garage, loué 100$ par mois, à 30 min de chez moi. Toujours à tête baissé, je venais de faire l’achat d’une Honda Civic 91 dans le but de la transformer! Pour 800$, j’était l’heureux propriétaire de cette petite voiture de belle apparence, manuel, exempt de rouille mais avec un moteur fini, la perfection! Mais même sur 3 cylindres, elle s’Est rendu facilement à mon petit garage miteux dans le coin de Cookshire. Ce petit garage fut ma deuxième maison durant tout le printemps 2003. Presque à tous les jours, je m’y rendais après le travail pour y passer la soirée. De même que mes samedis et dimanches bien sûr!Une fois la voiture débarrassée de son contenu, j’ai apporté mon moteur électrique et la transmission manuel chez un ami machiniste un peu maniaque de se genre de projet. Une semaine plus tard, j’allais cherché ce qui, au départ, était deux morceaux bien distinct, un magnifique bloc motopropulseur!

Mon ami avec mon groupe motopropulseur
Une fois l’ensemble moteur-transmission a été remis en place, il était temps de s’attaquer aux batteries. 10 batteries de 13 x 7 x 10 pouces, c’est beaucoup d’espace, mais c’est aussi TRÈS lourd. Pour ceux qui pense que le poids que j’ai enlevé de la voiture (moteur, réservoir, radiateur, etc…) compense pour le poids des batteries, détrompez vous! Chacune d’elle pèse 66 lbs! Si on additionne le moteur électrique, la batterie pour les accessoires 12V et le pompe a vacuum, je crois que j’était au moins 500 lbs plus lourd que la voiture originale. Tellement, que si je les avaient tous placées dans le haillon arrière, la suspension aurai été écrasé au maximum. Je les ais donc placées 4 à l’avant sous le capot et les 6 autres à l’emplacement réservé pour les pieds des passagers arrières. De cette façon, le poids était bien répartie.
Mes 6 batteries Trans-Canada à l’arrière de la voiture
Je vous épargne l’étape de l’installation de tous les petits gadgets, pompes, fusible, etc.. pour vous parler de mon fameux contrôleur. J’en était tellement fière! Puisque j’avais passé une partie de l’hiver à le tester, je n’était pas très surpris lorsqu’il a fonctionné du premier coup dans le garage. Mais je continuait mes tests, calibrait l’accélérateur, l’indication de révolution, etc.. A cette étape, j’avançais avec beaucoup de prudence. Lorsqu’un contrôleur pour moteur série se brise, vous avez toutes les chances pour qu’il cour-circuit les batteries directement sur le moteur. Et avec120V de batteries acide-plomb, ce n’est pas un fils de calibre 00 qui va limiter les dégâts!
Mais par chance, tout se passait bien. Et avec la location du garage, venait un superbe sentier de 2km en gravier, très bien entretenu, qui partait du garage et qui faisait le tour des champs agricoles du propriétaire. Alors par un beau soleil de fin de semaine, j’ai sortie ma voiture pour un premier essaie routier. J’ai invité l’ami qui ma déniché ce garage et qui se trouvait là cette journée là, à monter avec moi. Prudemment, j’appuyait sur l’accélérateur. Je voyait l’aiguille du courant du moteur monter tout doucement dans le silence et arrivé à 30%, la voiture s’est mise à bouger! Je n’ai jamais été aussi fière de toute ma vie! Tranquillement, on a fait le tour du sentier. Tout ce que j’entendait était le bruit des pneus sur le gravier et les brosses du moteur. C’était comme si on était une remorque tirée par un champ de force invisible. Pour mon ami aussi ça a été une journée mémorable. Pour un maniaque de mécanique automobile comme lui, être le premier à rouler dans une voiture électrique maison, c’était quelque chose!
Dans les jours qui ont suivis, plein d’espoirs et de fierté, je me suis vite empressé d’acheter des batteries neuves. C’était des Trans-Canada, décharge profonde à acide liquide, de 130Amp/h. Elles ont coûtées 115$ chacune et était d’un rouge vif, presque fluorescent. Une fois bien installéeà la place des anciennes, j’était prêt pour un autre tour dans le petit sentier ….
Pour ceux qui ont rit de moi plus haut avec mes transistors, il est maintenant temps de vous rouler par terre! Et oui, à peine sorti du garage, j’ai embrayé la première et POUFFF!!! Un nuage de fumé et un vacarme électrique infernal! Mon contrôleur dont j’était si fière à explosé! Puisque je n’avais pas encore remis le capot de la voiture, j’était en première loge pour ce feux d’artifice. Démolie, j’ai poussé la voiture de 1300 lbs dans le garage pour constater les dégâts causé au moteur. Heureusement, il était intact. Je crois que puisque mes anciennes batteries était vielles et usées, elles avaient une sorte de résistance interne qui protégeait mon contrôleur. Mes nouvelles batteries ne lui ont pas laissées cette chance. J’ai donc passé la semaine à étudier et à chercher un moyen de faire un autre contrôleur. C’est a ce moment que j’ai comprit que je n’avait pas utilisé le bon type de transistor et que le type MOSFET serai beaucoup mieux adapté. Cette technologie supporte très bien le fait de les brancher en parallèles et de pouvoir en mettre autant qu’on veut pour supporter de fort courant.
Donc, toujours plein d’Espoir et de détermination, j’ai refait mon 2e contrôleur avec des MOSFET. J’ai pris deux semaines pour faire les modifications, dans mon garage, à tousles soirs. Comme la version précédente, tout fonctionnait à l’intérieur. Mais quand est venu le temps de rouler avec, POUFF!! Et oui! Elle aussi a sauté. Ca a été la même histoire pour ma 3e version, et ma 4e, ma 5e… A chaque nouvelle version, je trouvait un détail qui m’avait échappé alors je recommençai. Je rachetais pour 300$ de transistors et je passait la semaine pour le monter. J’ai tellement vu mes contrôleurs me sauter en plein visage que mon pied tremblait quand il était temps de les essayer. Après avoir sauté mon 8e contrôleur, c’était décidé, j’en achetai une toute faites!

Un de mes contrôleur à MOSFET sauté
J’ai donc acheté un contrôleur Curtis 1231C ré-usinée à 1200$US. Elle peut fonctionner jusqu'à 144V de batterie et est limité a 500Amps au moteur. La pose c’Est fait sans histoire et sans fumé. Un peu de modification a ma pédale d’accélérateur et le tout a fonctionné du premier coup. Mais a cause de son limiteur de courant, elle fait un cillement très perceptible au démarrage, un peu comme une perceuse à batterie. Même si se bruit disparaissait rapidement, elle brisait le coté 100% silencieux qui m’a séduit la première fois. J’était content que le tout fonctionne comme avant, mais j’avais quand même l’impression d’avoir perdu une bataille avec mon défunt contrôleur. Mais quand j’y repense aujourd’hui, je crois que c’était la meilleur chose a faire. J’aurai détesté rester en panne sur le bord de la route dans un nuage de fumé. Vous comprendrez qu’on peut facilement se sentir seul dans ce genre de projet quand on essaie d’être un pionnier. Il n’y a personne vers qui se tourner quand ça marche pas, surtout pas un garagiste!
Le petit sentier derrière le garage était très pratique mais il fallait bien que l’oisillon quitte son nid. J’était donc prêt pour mon 1er essaie routier. C’était un soir de semaine et il commençait à faire noir. Pour être certain de l’autonomie de mes batteries, j’avais planifié mon trajet sur une carte, calculé les distances et la veille, j’avais roulé la même distance dans mon petit sentier rassurant. Je roulais donc tranquillement sur la route déserte de Cookshire en première, puis en deuxième. Croyant bien faire, je restait en 2e vitesse pour ne pas faire forcer le moteur. Puisque les chartes du moteur se rendait jusqu'à 8000 rpm, je me sentait à l’aise de rouler en 2e à 7500 rpm. Mais juste au moment où je commençais à prendre confiance, POUFF!! Une énorme boule de feu sortie du dessous de la voiture. J’ai immédiatement actionné mon interrupteur d’urgence. Je savais très bien que cette fois ci, ce n’était pas mon contrôleur qui avait sauté et que ça ne pouvais venir que de mon moteur. J’ai continué sur mon air d’aller jusqu'à mon garage en angoissant. Une fois l’avoir poussée à l’intérieur, j’ai examiné les dégâts. Un ressort de brosse avait cassé et les morceaux s’étaient promenés partout dans le moteur. Heureusement, malgré cette impressionnante boule de feu, le moteur n’avait presque rien. Les jours suivants, j’ai remplacé le ressort par une simple «tie-wrap» en attendant d’en recevoir un autre et le tout fonctionnait comme avant. J’ai su par la suite que même si les chartes du moteur vont jusqu'à 8000rpm, il était très important de ne pas dépasser 5600rpm.

Charte de courant du moteur
Inutile de vous dire qu’une fois convertie, il n’est plus légal de rouler avec sur le chemin. Donc pensez y à deux fois avant d’aller faire des réparations au garage. C’est une raison de plus qui peut vous décourager si vous n’êtes pas un mécanicien dans l’âme. Mais il est possible de rendre le tout légal: Premièrement, faire des montages propre et sécuritaire. Deuxièmement, il faut aller faire inspecter sa voiture dans un garage autorisé par la SAAQ (au Québec). Ils vont prendre de jolies photos de votre voiture pour les envoyer à Québec aux ingénieurs de la SAAQ qui vont monter un dossier. Après l’étude de vos modifications, ils vont vous contacter pour vous dire si oui ou non votre projet est autoriser à rouler sur les routes. Il peuvent aussi vous donner des limitations comme l’interdiction de rouler l’hiver ou sur les autoroutes par exemple. Et une fois accepté, votre voiture devra être soumis a une inspection «minoune» qui vérifie tout le reste de la voiture. Pour vous donnez une idée, ma petite Civic aurai échouée à TOUTES les étapes du processus. Je me suis donc contenté de la plaquer comme si rien était et je faisait tout mon possible pour ne pas me faire remarquer. J’ai même paru dans le Journal de Sherbrooke en me donnant un nom fictif et à la radio G-Rock local.
Par la suite, l’histoire de ma voiture est plus ou moins ordinaire. Petite retouche par ci et par là. Du au terrain vallonné de l’Estrie, je devais changer mon set de batteries à chaque année. Même si on les appelle «décharge profonde», ces batteries acide-plomb n’aiment pas se faire décharger profondément. Et elles n’aiment pas non plus se faire recharger souvent. J’était comme dans un cercle vicieux. Mais j’ai fait parler beaucoup de monde autour de moi et plusieurs en parlent encore. J’ai eu un article dans le journal de Sherbrooke et j’ai même passé à la radio.

Article parue dans le journal de Sherbrooke
En terminant, pour ceux qui ont eu la patience de me lire jusqu’ici et qu’ils ont même mit leur travail de coté, merci beaucoup! Mais vous avez sûrement remarqué que je parle de ma voiture au passé. Et bien c’est parce que je ne l’ai plus. Elle fonctionnait encore, mais les batteries étaient encore a changer, la carrosserie était de plus en plus rouillée et il me manquait de la place de stationnement. Mais j’ai par contre gardé mon moteur, contrôleur, etc… et peut être un jour, quand ils feront de meilleurs batteries abordables, je m’en ferai une autre, voiture électrique!!
Merci
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